Vive la Bresse Libre !

Hier soir, à l'heure où #mesparentssont apparaissait dans les tendances sur Twitter, Jo m'a envoyé ce mot d'esprit.

Est-il vrai que le chapon nippon pond ? Celui de Bresse, non mais il réclame la liberté de la Bresse. Vive la Bresse libre... mais rien ne presse !



Cela m'a rappelé (les rats pelés n'ont pas de poil, comme dirait Jo) que j'avais promis de rédiger une petite critique du livre d'Olivier Gauthier : une résistance française en Bresse et en Bourguogne. Ce point de vue n'est pas neutre, car j'ai eu les mêmes enseignants qu'Olivier à Saint-Germain du Bois et au lycée Henry Vincenot de Louhans. C'est avec plaisir que nous nous sommes retrouvés au banquet des conscrits en février dernier.


Tout au long de la lecture, je me suis mise à la place de l'auteur. Je ressentais aussi ce besoin de retour vers le passé, mais je n'aurais jamais eu cette passion pour aller chercher dans les archives de Saône et Loire ou interroger les anciens résistants.

Olivier dédicace ce livre à ses enfants. J'ai aussi éprouvé ce besoin de raconter à ma fille ce qui s'était passé, sans attendre que cela soit aux programmes de l'éducation nationale (vers le CM2 je crois).
Dès le plus jeune âge nous traitions de collabos les copains qui osaient rapporter à la maîtresse. Je me suis demandé à quel âge j'ai découvert/compris ce qui s'était passé entre 39 et 45. Ai-je toujours su ? Mes grands-parents racontaient des anecdotes, toujours les mêmes et avaient peur des allemands. Même quand je suis partie en stage en Allemagne 1994/95 ma grand-mère était angoissée. Mais au fond, on était trop petits pour poser de vraies questions ou briser les tabous.


A Saint-Germain-du-Bois, l'école s'appelle "groupe Claude Forêt" (cf chapitre 29), en hommage au directeur d'école blessé lors d'un combat le 29 juin 1944 et qui décèdera le 16 juillet. Je ne doute pas un seul instant que des enseignants nous aient dit pourquoi l'école s'appelle comme ça, mais j'ai oublié. On a sans doute d'autres préoccupations à l'école primaire que de se souvenir des actes héroïques d'un instituteur pendant la guerre.


Qu'il s'agisse de la scierie Truchot, de la gare de Devrouze ou du pont de l'Etalet, j'ai adoré lire des histoires vivantes et pouvoir associer un passé à des lieux que j'ai toujours connus. Le récit chronologique est rempli d'anecdotes. Beaucoup d'évènements sont racontés avec une précision quasi scientifique. Il arrive que l'heure soit donnée.
Par exemple, l'école de Frangy-en-Bresse s'appelle "Marcel Dandelot". On apprend qu'il en était le directeur lorsqu'il a été arrêté devant ses élèves le 22 octobre 1943 en fin d'après-midi, suite à une dénonciation (chapitre 17). Il est mort en détention à Montluc et on l'a appris à Frangy le 4 décembre 1943. Olivier cite les propos de Robert Fichet, figure de la résistance bressanne :
Quoi qu'il en soit, il est certain qu'il ne parla jamais, car après sa mort, aucune arrestation nouvelle ne fut réalisée dans les groupes locaux de la résistance.

Après la lecture de ce livre qui relate les terribles évènements de Mervans, je me suis demandée pourquoi l'école de ce village s'appelait Lucie Aubrac.

J'ai vérifié qu'il existait bien une "rue Saint-Germain" à Pontpierre en Mozelle et une "rue de Mervans à Faulquemont", mais je n'ai pas trouvé de "rue de Frangy" à Vahl-lès-Faulquemont.


J'ai vraiment appris beaucoup de choses en lisant ce livre,  qui s'achève de manière souriante avec la libération de la Bresse. Il fourmille d'anecdotes, par exemple en mentionnant ce message diffusé par la radio de Londres pour annoncer un parachutage pour les groupes de résistants dans le louhannais :
La grammaire endort les écoliers. Je répète, la grammaire endort les écoliers.
Je crois que si l'on m'avait raconté ça à l'école, je m'en serais souvenue aussi bien que des sanglots longs des violons de l'automne. Mais peut-être faut-il du recul pour reconstruire le puzzle, écrire un récit qui a du sens, qui ne soit pas sujet à des non-dits ? Olivier rend hommage aux S.O.E., les services secrets britanniques et explique qu'il a fallut attendre 2004 pour que le livre de Michaël R.D. Foot "SOE in France" soit publié dans l'hexagone. 


Avec cet ouvrage, notre passé est entre nos mains. Cela m'a permis de parler de cette époque avec ma grand-mère (88 ans), mais d'une manière différente.

- Et il parle du moulin de Visargeant ?
- Je ne sais pas, je n'ai pas tout lu encore...
(..)
- Mais si, le pharmacien de St Germain a été abattu !
- D'après Olivier, le pharmacien a été touché mais a survécu.


Si j'ai tout lu, il faudra sans doute que je le relise tôt ou tard. Il y a tellement d'informations que je n'ai pas tout retenu. J'espère que personne ne m'en voudra d'avoir révélé dans ce billet quelques passages qui m'ont marquée. Le livre ne se résume pas à cela. Le travail documentaire a dû être titanesque. Bravo !

Si le temps permet de reconstruire certains événements, malheureusement il en efface d'autres. Par exemple aucun train ne s'arrête plus à la gare de Saint-Germain-du-Bois/Devrouze, où de nombreux actes de résistance ont eu lieu. Notre patrimoine est souvent là où l'on ne l'attend pas. Merci Olivier d'avoir redonné vie à tous ces lieux.

Commentaires

Anonyme a dit…
Wahou ! C'est de loin la meilleure critique faite sur le livre. Je suis très content qu'il t'ai plus d'autant plus que ton avis compte beaucoup pour moi. Je connais ton parcours et ton amour des sciences et je savais que, ayant entrepris sa lecture, tu le ferais avec ce regard précis et rigoureux qui est le tien. C'est vrai que j'ai travaillé comme je travaille sur mes articles scientifiques en ayant la volonté de restituer les faits au plus près de la réalité. De petites erreurs m
Ont été signalée mais elles sont liées aux erreurs (souvent des noms mal orthographiés) contenues dans mes archives de travail. En tout cas, beaucoup de gens de chez nous sont heureux de revivre ces événements le temps d'un livre. Je l'ai écrit par passion, cette simple passion que nous avons de la Bresse et je suis heureux de voir que des gens de toutes générations y trouve un peu d'intérêt.
Nous en reparlerons dès mon retour de vacances (j'ai osé quitter la Bresse une semaine pour la Vendée) mais je souhaite te remercier vraiment pour ce beau et long mot sur ton blog qui m'a autant ému que fait plaisir.
Bises et à très bientôt. Amitiés.
Olivier
JLM a dit…
héron,héron,petit ,pas chapon.
Faudrait pas abuser du vin jaune en vacances.
Après on confond Moselle et Mozarella.
Lapsus calami,je présume.
PS:si par hasard vous avez la possibilité de visiter la vallée de la Moselle,en particulier la partie allemande,faites le.C'est magnifique.

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