A Wrinkle in Time

Dans la saison 5 de Stranger Things, une jeune héroïne, Holly, lit un bien étrange roman "A Wrinkle in Time", un classique outre-Manche, dont je n'avais jamais entendu parler. J'ai pris un énorme plaisir à retourner à Camazotz. 

Le roman contient la bonne dose de mathématique, de physique, pour que je le range sans hésiter dans la catégorie "hard science-fiction". On y retrouve des thèmes liés à la recherche de vie extraterrestre, sur le langage ou l'anthropomorphisme.  

Mrs Whatsit n'est pas vraiment l'ami imaginaire d'Holly dans la série, mais "IT" ressemble un peu à Vecna / Henry / 01... ou pour extrapoler aux cauchemars des personnes angoissées par l'intelligence artificielle générale (AGI).    


Des extraterrestres sans la vue

Publié en 1962, "A Wrinkle in time" reste très moderne. A-t-on envie d'un monde où toutes les différences sont gommées par un cerveau qui contrôle tout ? Comment décrire une personne sans mentionner son apparence physique si l'on rencontrait des extraterrestres vivant dans le noir ? 

She was alone in a fragment of nothingness. No light, no sound, no feeling. Where was her body?

 Sur cette planète où la couleur n'existe pas, l'une des habitantes "tata bête" déclare : 

For the things which are seen are temporal. But the things which are not are eternal. 

Cette citation poétique évoque pour moi le deuil. Les choses que l'on voit sont temporaires, mais celles que l'on ne voit pas, comme Sonia, comme un lien entre une mère et sa fille, sont éternelles.  

 

Des mots pour quoi faire ? 

L'héroïne, Meg, ressemble un peu à Sonia. Elle peut être colérique, indisciplinée voire réfractaire aux ordres. Elle est très intelligente, ce qui lui pose des problèmes en mathématique. Elle comprend vite les problèmes, trouve la solution, mais pas toujours les mots pour expliquer son résonnement, ce qui lui vaut de mauvais résultats scolaires.   

Un des personnages, Mrs Who, ne s'exprime qu'en citations, à chaque fois dans la langue originale. Il y en a même en français. Ainsi, quand il est question d'aller sur Uriel, troisième planète de l'étoile Malak, dans la nébuleuse spirale messier 101, à 21.7 millions d'années lumières, elle répond :  

"Qui plus sait, plus se tait" 

 Quand un enfant lui demande ce qui signifie le verbe "tesser".  

"Even traveling the speed of light it would take us year and yeras to get here."

"Oh, we don't travel the speed of anything," Mrs Whatsit explained earnestly. "We tesser. Or you might say, we wrinkle". 

Mrs Who rappelle à Mrs Whatsit qu'utiliser des mots n'est pas toujours le plus simple. Le roman contient quelques dessins pour expliquer ce qu'est une dimension, deux dimensions (un carré), trois dimensions (un cube), quatre, cinq... et comment plier l'espace temps, pour former une sorte de pli rejoignant deux points sur un fil. 

 


IT, toujours IT, mais qu'est-ce que c'est ?

Sur la planète Camazotz, IT contrôle tout, jusqu'au rebond des balles des enfants qui jouent. Il n'y a plus de nez qui coule, plus de rhume, personne ne souffre. Les différences génératrice de problèmes sont gommées. Pour cela, il suffit de réarranger quelques atomes. 

You might call IT the Boss. [..] IT sometimes calls ITself the Happiest Sadist". 

Il y a un jeu de mot difficilement traduisible entre sadist (sadique) et sadest (le plus triste). IT s'appelle lui-même le plus heureux des sadiques (ou des plus tristes).

On découvre à la fin (alerte spoiler) qu'IT est plus ou moins un énorme cerveau, comme ceux que Meg dissèque en classe, ou un peu comme les souvenirs d'Henry qu'Holly et Max vont explorer dans Stranger Things. 

La grande énigme que Meg doit résoudre à la fin n'est pas sans rappeler certains débats sur les grands modèles de langage. Que possède-t-elle qu'IT n'a pas ? 

J'ai pris énormément de plaisir à lire ce roman, qui a été traduit en français (Un raccourci dans le temps), mais difficile à trouver. Comme il est destiné à la jeunesse, le vocabulaire anglais est accessible. J'ai laissé les citations dans la langue originale, d'une part parce qu'elles sont belles, d'autre part parce que n'importe qui peut les traduire avec son outil préféré.  

 

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