Mascotte des JO 2024 en Origami

Jupiter a dit "Il ne faut pas politiser le sport" [1]. Voici une version en origami de Phryge, la mascotte des JO 2024. 


"Fabriquer deux millions de mascottes en quelques mois, on ne sait pas faire" a déclaré le porte parole du gouvernement, mélangeant ainsi sport, économie et politique [2].  Il aurait suffit de choisir le croissant comme mascotte. Si 2 millions de personnes fabriquent un bonnet phrygien en origami, on aura 2 millions de mascottes. J'en ai fait deux pour illustrer ce billet, il en reste 1 999 998... Contrairement à celle fabriquée en Chine, Phryge en origami est 100% française. La seule chose qui est nécessaire, c'est ce que les migrants n'ont pas : des papiers. Enfin, si, ils en ont, souvent des tas, mais pas les bons.


On prend donc un papier, rouge, de préférence, comme le sang qui coule dans nos veines, peu importe la couleur de peau. Si c'est une feuille A4, on plie un côté, et on découpe. On plie ensuite selon les 2 diagonales, on retourne la feuille, on plie en 4. Ça donne ça : 



Cette étape est assez facile. Elle peut être réalisée par Jocojayé, le héros du film "Les engagés" réalisé par Émilie Frèche [3]. Peu importe l'âge, c'est facile d'obtenir ce triangle, une des formes de base que l'on retrouve dans plein de modèles d'origami (et de vidéos sur Youtube). 



Dans le film "Les engagés" [3], j'ai découvert le concept de Mijeur. On pratique une analyse pour savoir si un migrant est mineur. À cause des quotas, on refuse de le reconnaître mineur, même si ça saute aux yeux qu'il n'a pas 18 ans. Rien ne prouve qu'il soit majeur non plus. Les association utilisent non pas le terme de zombie, mais celui de mijeur. 


Jupiter a dit "Il ne faut pas politiser le sport" [1]. Revenons à la mascotte des JO 2024. On a quatre petites ailes. On en soulève une et on écrase. 


On fait la même chose de l'autre côté. L'un sera l'avant, l'autre l'arrière de la mascotte. On plie également les deux côtés latéraux. Ce seront les jambes. 



Une fois que les 4 côtés sont écrasés, on obtient une espèce de losange. On peut  dessiner des yeux. Les identitaires pourront ajouter à leur guise des trucs bleu-blanc-rouge. Le film dénonce la complicité des forces de l'ordre avec l'extrême droite. J'ai versé une larme (alerte spoiler) quand les cris des identitaires ont rompu une minute de silence. Comment ne pas penser à Lola ? 


Les paysages alpins sont magnifiques. La France de David est un beau pays. C'est la France des droits de l'homme, celle de la liberté guidant le peuple, celle où la solidarité n'est pas un délit. 



Jupiter a dit "Il ne faut pas politiser le sport" [1]. A partir du losange, on peut construire la mascotte des JO 2024 de ses rêves en torturant le papier au gré de son imagination. Si on rentre le triangle sous le côté contenant les yeux, on a déjà un bonnet. On peut plier les pattes comme ça : 


Si on met debout la mascotte, ça donne quelque chose comme ça :



On peut replier le bas des jambes pour former des pieds, en pensant aux enfants qui doivent courir pour leur survie. Jocojayé, magnifiquement interprété par Youssouf Gueye, se retrouve dans la montagne en pleine nuit, il court pour fuir ou pour régulariser sa situation. Avec ce film, Emilie Frèche parvient à mettre un visage sur les mineurs isolés. Dans l'actualité récente, on a que des chiffres : 44 mineurs dans l'Ocean viking, 26 sont partis pour l'Allemagne ou la Suède, 18 sont restés à l'hôtel, etc... On ne raconte pas leur histoire, ce qu'ils ont vécu et on oublie que ce sont des enfants.


Jupiter a dit "Il ne faut pas politiser le sport" [1]. On peut achever la mascotte des JO 2024 sans penser aux enfants qui n'ont pas le droit d'aller à l'école, ici en France. Plier le sommet du bonnet phrygien lui donne un air plus rigolo. 


Dans le film "Les engagés", il y a beaucoup d'échos à des amis qui consacrent ou ont consacré une bonne partie de leur vie à aider les plus démunis. Je pense en particulier à Pierre Piquepaille, qui nous a quitté récemment [4].

La spontanéité des enfants, leur facilité à fraterniser entre eux, à s'entre-aider m'a rappelé ce qu'avait fait Sonia et sa classe de CE2 quand Bob et ses copains hébergés dans un hôtel social risquaient de ne pas terminer l'année scolaire [5]. Je me suis aussi souvenue des combats du réseau éducation sans frontière (RESF) pour que tous les enfants des Ulis puissent aller à l'école [6].  


 
Certains passages sont poétiques, d'autres plutôt durs. Des tas de "et si" sont posés. Par exemple, est-ce que la vie des migrants ne serait pas plus sûre si on les renvoyait dans leur pays au lieu qu'ils se cachent en France ? Que feraient les forces de l'ordre sans les associations qui apportent de la nourriture et prennent en charge un grand nombre d'enfants en les aiguillant pour régulariser leur situation ? 

Je l'ai ressenti comme un claque, une gifle, qui rappelle ce qu'être humain veut dire. Peut-être aussi qu'il répond aux questions souvent malsaines de l'identité nationale. Et si être français, française, c'était défendre les droits de l'homme, se revendiquer héritiers des lumières, tendre la main ? 


Merci à Emilie Frèche, merci aussi à tous les copains, les amies de RESF, l'ASTI, la Cimade, Amnesty qui mettent un peu d'humanité dans ce monde de brutes ! 

Le film est à l'affiche dans de trop rares salles. J'ai choisi 'Le Select" à Antony pour sa proximité avec le RER B. En sortant, j'ai été étonnée de voir des tournesols chez une fleuriste. Ceux du 28 octobre n'étaient pas les derniers de l'année. Viennent-ils des collines de la préfecture de Miyagi, comme ceux utilisés aux JO de Tokyo ? [8]
Je n'ai pas arrêté de penser à Sonia pendant tout le film, aux graines qu'elle a semées en tendant la main, en aidant discrètement les camarades de classe ou les enfants plus jeunes, en aidant les associations pour la distribution de jouets à Noël...  


Ajout le 21/11 : Quelques variations

Il existe plein de manières de réaliser un bonnet (phrygien ou pas) en origami... 





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