Les nuits de patience

Ce roman a été présenté lors d'un club SFFF, avec comme principal argument : l'auteur, Tobie Nathan, est le représentant le plus connu de l'ethnopsychiatrie en France, ou en d'autres termes, il m'a permis de mieux comprendre le comportement de certains concitoyens.

Avant d'entrer dans le vif du sujet, quelques notions sur les djinnas, très présents en Guinée, sont rappelées aux lecteurs incultes comme moi. 
Les sorciers sont des sortes d'intermédiaires qui ont institué un commerce entre les djinnas.


L'intrigue se présente sous la forme d'un procès, celui du psychologue Ernesto Sanchez. De quoi est-il accusé ? Le lecteur devra attendre pour le savoir. Les témoins défilent les uns aprés les autres et racontent ce qu'ils ont vu au centre médico-psychologique du dix-huitième arrondissement ou à Nzérékoré en Guinée.

Patience est mineure, belle et brillante. Elle a eu son bac à 16 ans. Elle est arrivée en France il y a deux mois pour s'inscrire à l'université de Nanterre. Elle logeait chez sa tante Antoinette, jusqu'à ce que celle-ci la batte, l'accuse d'être une sorcière en la rendant responsable de la perte du travail de son époux ou de diverses maladies qui ont frappé certains membres de sa famille. 

Mais ce qui est plus grave, c'est le motif de cette violence. Ils l'a battaient pour lui faire avouer qu'elle est une sorcière. Vous vous rendez compte ?

Aux Ulis aussi, les jeunes collégiennes sont traitées de sorcière dès qu'elles ont de bons résultats scolaires ou se permettre de réfléchir un peu plus loin que le bout de leur nez ! Farine, coca, coup de poing, rien ne leur est épargné... Des croyances issues d'autres cultures justifieraient-elle à elles-seules la violence de nos collèges de banlieue ? Faut-il y faire intervenir des pasteurs ou des imams pour résoudre les conflits entre adolescents ?
Lorsqu'Ernesto rencontre Patience, la première chose qui le frappe, est que contrairement aux autres jeunes filles, Patience reconnait être une sorcière. Elle sort la nuit avec sa grand-mère pour manger des gens. Mais qu'entend-elle par là ? Que signifie "manger quelqu'un" quand on a pratiqué le poro, un rite intiatique, à Nzérékoré ?

Comme souvent en Afrique, la politique n'est pas loin. Patience se retrouve recherchée par le président auto-proclamé de la Guinée, qui s'appelle Kourouma dans le roman, et non Moussa Dadis Camara. Faut-il y voir un hommage à Ahmadou Kourouma, auteur d'ouvrages tels que "En attendant le vote des bêtes sauvages" ou "Allah n'est pas obligé..." ?

Où commence la fiction ? Sommes-nous dans le fantastique ou dans la manipulation à base de mystification ? Tobie Nathan jongle admirablement avec tous les griots, préjugés, poudres ou boissons à effets plus ou moins puissants, tout en tissant la relation ambigüe entre Patience et Ernesto. Il nous invite avant tout à une écoute de nos voisins, de leurs croyances, de leurs mythes, sans les condamner ou reléguer certaines horreurs à une époque médiévale.

Oui, il existe encore des gens qui croient aux djinns, aux sorciers, même si pour la plupart des personnes éduquées cela relève de bons romans de fantasy. Cela justifie-t-il la violence envers des jeunes filles qui ont l'intention d'avoir leur brevet des collèges au lieu d'être excisées puis mariées avant l'âge de 15 ans ? Certainement pas...

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