Il faut sauver Yoko Tsuno

Roger Leloup a 92 ans. Le 32ième album de Yoko Tsuno porte son nom. Il aurait écrit le scénario et réalisé les dessins. C'est pas impossible, mais dans ce cas, il est urgent qu'il arrête pour éviter de défigurer l'héroïne de ma jeunesse en représentant son visage comme une tranche de pomme de terre avec deux yeux. 

 

Intelligence intemporelle

Pour ce qui est du scénario, l'histoire commence par une méfiance sur du matériel russe et se termine dans une espèce de bouillie sur une super intelligence souterraine. J'ai surtout vu dans cet album une tentative maladroite de former soit un dessinateur débutant, soit un deadbot, à prendre la relève pour que Yoko Tsuno survive au décès de son géniteur. Dans un cas comme dans l'autre, il manque un peu d'apprentissage machine ou humain...

Une ingénieur en électronique  

Yoko Tsuno fait partie des héroïnes de ma jeunesse auxquelles je me suis vite identifiée. Attirée tout d'abord par les vaisseaux spatiaux et le space-opéra des albums, j'ai découvert au fil des années ses compétences en électronique, son intelligence bien supérieure à celle des deux hommes, Vic et Pol et ses capacités de pilotage de n'importe quel engin spatial. Ces compétences ne sont pas incompatibles avec l'empathie, la sensibilité et l'humanisme. 

Grandir avec Yoko Tsuno

Je pense avoir lu tous les albums, même si en 50 ans j'ai oublié pas mal de détails. A l'adolescence, j'en ai acheté, puis plus tard, je les ai empruntés à la médiathèque, ou j'ai découvert l'intrigue au fil des pages de Spirou. 

Il y a deux ans, j'ai acheté l'album 31 avant de le mettre dans une boîte à livres. Il m'avait mis un peu mal à l'aise. Certains personnages me semblaient stéréotypés et j'y avais vu pas mal de préjugés ou de présupposés d'un autre temps. 

La dégradation du dessin

Pour ce dernier album, c'est autre chose qui m'a gênée. Dessiner 45 planches quand on a 92 ans, ce n'est pas humain ! Les premières sont soignées, mais plus ça va, plus le malaise grandit. Yoko Tsuno ne ressemble à rien. J'ai vraiment l'impression d'une esquisse, ou d'un gribouillis avec une tentative de sauvetage du studio Leonardo qui a réalisé la couleur.  

Le dessin de Yoko Tsuno a évolué au fil des années. Quand on regarde toutes les couvertures, on voit clairement que c'est l'album de trop. C'était mieux avant (oui, moi aussi je vieillis) ! 

Couverture des derniers albums
 Il faut sauver Yoko Tsuno, soit en utilisant une intelligence artificielle générative pour rester fidèle à la représentation des années 2000, soit en arrêtant de la dessiner afin d'éviter une dégradation ultérieure ! 

 

Une bouillie de scénario. 

 Qu'un homme de 92 ans puisse encore tenir un crayon sans trembloter est un exploit. Le scenario décousu est soi la traduction de planches réalisées sur une longue période temporelle, soi le résultat de plusieurs prompts à des IA génératives. J'ai été surprise de voir par exemple Khany vouvoyer son amie Yoko. Est-ce une mauvaise traduction du "You" par un LLM ? 

De la page 3 à la page 7, Yoko est avec Emilia. L'hydravion de son père se pose. Elle part avec lui pour une mission mystérieuse dont on ne parle à aucun moment dans la suite de l'intrigue. On ne saura jamais où ils vont, ni pourquoi. Ça donne l'impression que Roger Leloup a commencé une histoire, s'est endormi, puis est passé à un autre scénario. 

Et c'est tout le long comme ça... On a un vaisseau caché derrière la Lune. Yoko Tsuno l'explore, vit des aventures, puis pof... ça retombe comme une recette de cuisine ratée. 

Des personnages débarquent le temps d'une planche. Pourquoi ? Quel intérêt ? C'est un peu comme si un LLM avait ingurgité les précédents albums et ressortaient des morceaux, mais sans prendre le temps d'expliquer le minimum aux lecteurs qui n'ont pas lu ou qui ont oublié les personnages des 31 histoires précédentes. 

Bref, c'est un beau gâchis. Il faut sauver Yoko Tsuno en arrêtant ou en effectuant un travail plus sérieux si le flambeau doit être repris par une dessinatrice biologique ou artificielle !  

 

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