Jun’ichirō Tanizaki est un écrivain Japonais né en 1886. Sur sa tombe, il est écrit "Sabi". Son ouvrage "Eloge de l'ombre", publié en 1933 est souvent cité comme une référence de l'esthétique liée à la philosophie du wabi-sabi.
Les premières pages m'ont déçue. Je m'attendais à un essai commençant par définir le "wabi-sabi" de manière aussi rationnelle que l'énoncé du théorème de Thalès. Or, il n'en est rien. Cela ressemblait à une diatribe contre l'Occident et le modernisme.
Me serai-je trompée de livre ?
J'ai commencé à comprendre son point de vue quand il a opposé le cabinet de dentiste, blanc, brillant, avec des tas d'instruments métalliques à une vieille maison de médecin de village, en disant que le bois manquait dans les hôpitaux.
Nous nous complaisons dans cette clarté ténue, faite de lumière extérieure d'apparence incertaine, cramponnée à la surface des murs de couleur crépusculaire, et qui conserve à grand peine un dernier reste de vie.
Il a râlé contre la pollution lumineuse bien avant moi ! En lisant ce passage, je ne pouvais que me ranger de son côté !
Une fois déjà l'on m'avait gâché ainsi le spectacle de la pleine lune : j'avais projeté, une certaine année, d'aller la contempler en barque, à la quinzième nuit, sur l'étang du monastère de Suma ; je conviai donc quelques amis et nous y vînmes, munis de nos provisions, pour découvrir que l'on avait, sur le pourtour de l'étang, suspendu de joyeuses guirlandes d'ampoules électriques multicolores ; la Lune était d'ailleurs au rendez-vous, mais autant dire qu'elle n'existait plus.
J'ai alors compris que son essai n'était pas une explication du wabi-sabi, mais qu'il en était une démonstration, un échantillon. Les longues descriptions, les protestations d'un homme qui vieillit, ou sa description de la chaleur d'un bol de soupe miso au tofu, permettent au lecteurs, aux lectrices, de ressentir, d'apprécier cette esthétique.
Il vente aussi les mérites du papier, mais pas le nôtre...
Après avoir acheté du papier Tant, Rami et Washi, je ne peux qu'approuver la supériorité Nippone en la matière :
Le papier est, nous dit-on, une invention des Chinois; toujours est-il que nous éprouvons, à l'égard de l'Occident, d'autre impression que d'avoir affaire à une matière strictement utilitaire, cependant qu'il nous suffit de voir la texture d'un papier de Chine, ou du Japon, pour sentir une sorte de tiédeur qui nous met à l'aise.
Alors que sur du papier classique, ce genre de pliage répétitif est un peu désagréable, j'ai pris beaucoup de plaisir à manipuler une feuille de papier tant de 30cm de côté. La surface un peu rugueuse n'empêche pas d'avoir des plus très précis.
Jun’ichirō Tanizaki ne manque pas d'humour, ni d'autocritique quand il se plaint par exemple de la circulation qui rend la traversée de certaines routes dangereuses.
L'homme qui avance en âge semble toujours enclin à croire que jadis, à tous égards, était préférable à naguère.
Le sabi, c'est donc ça... Le temps qui passe, les ombres qui s'allongent et subliment les objets les plus simples, comme ce modèle "Fish Curler" d'Ekaterina Lukasheva réalisé avec du papier Washi.







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