Je n'ai jamais eu envie d'aller au Musée Grévin, même par curiosité. Pourquoi ? Peut-être parce que je ne voyais pas trop l'intérêt de poupées de cires grandeur nature de célébrités ? Et puis, après avoir sombré dans la vallée de l'étrange -ce lieu où robots et avatars ressemblent tellement à des humains que cela donne envie de vomir-, j'ai décidé de me tester en allant visiter le musée [1].
Margaret Amason, raconte que sa première expérience de la vallée de l'étrange fut dans un musée de cire, à 6 ou 7 ans, quand elle s'est mise à pleurer et a refusé de faire un pas de plus après avoir vu un personnage au visage humain mais avec le reste du corps mal proportionné [2]. La plupart des mannequins sont caricaturaux, figés à jamais dans la même posture, toujours respectueuse.
Un robot Edith Piaf chantant et un robot Jane Goodall militant pour l'environnement me feraient certainement fuir, en créant un sentiment de malaise. Ici, ce ne sont que des poupées de cire.La visite commence par un spectacle très kitch, dans une salle noire, dont les néons s'allument et de reflètent dans des miroirs, donnant une impression de kaléidoscope.
La vingtaine de visiteurs se presse ensuite dans la première salle. Beaucoup prennent des selfies à côté des célébrités d'hier et d'aujourd'hui. Pour ma part, je me suis amusée avec la réalité augmentée de Replika A.I. [3]
Sonia adorait la série Soda. Aurait-elle pris un selfie avec Kev Adams, ou réalisé quelque chose de plus original ?
Une partie de l'exposition est consacrée à l'histoire. Jeanne D'Arc n'est pas dans la situation la plus flatteuse. Si l'on a probablement demandé à Omar Sy dans quelle position il souhaitait figurer, la pucelle d'Orléans n'a pas eu son mot à dire. Peut-être aurait-elle aimé être combative dans son armure.
A l'entrée du musée, la sécurité semble importante, avec deux contrôles. Il y a tout d'abord une vérification visuelle des sacs. La petite bouteille d'eau au fond d'un tot-bag rempli d'origami pliés pendant le voyage en RER n'a pas été vue, ou si elle l'a été n'a pas posé de problème. On passe ensuite par un portique, sans nos affaires.
Ça m'a amusée de voir une visiteuse cracher sur Louis XIV, ou faire semblant ; je n'étais pas assez proche. C'est aussi une occasion de mesurer la popularité des présidents. Hollande a l'air plutôt bien perçu, ou invisible...
La poupée de Macron est plutôt effrayante. Mais difficile de savoir si c'est le personnage lui-même ou sa représentation qui me met mal à l'aise. Monsieur le président, je vous fais une lettre, que vous lirez peut-être, si vous avez le temps... [4]
La science n'a pas été oubliée. Je suis en train de lire le roman de Nathalie Cabrol, Dimensions, et je me suis arrêtée longuement vers Léonard de Vinci. [5]
Pas loin de Marie Curie, se trouve Steeve Jobs, un smartphone à la main. Le seul astronaute présent est Thomas Pesquet. Pourquoi lui ? Il n'est pas le seul français, ni le premier, ni le dernier à être allé dans l'espace. Ça m'a amusée de voir que l'application plaçait Sylvestra en apesanteur. Bug ou caractéristique ?
A aucun moment je n'ai eu envie de vomir. Le musée Grévin est une expérience sociétale intéressante... Avec quelle poupée aurais-je envie de jouer ? Sur laquelle aurais-je envie de cracher ? Laquelle ai-je envie de descendre à la cave ?La vallée de l'étrange, du moins la mienne, commence ailleurs.
- E. Piotelat, Masterclass IA : La vallée de l'étrange, 08/2026
- M. Amason, FR Can we overcome the uncanny valley effect?, 10/2025
- E. Piotelat, Where is my uncanny valley ?, 08/2025
- E. Piotelat, Monsieur le président, 01/2021











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