La Mare au Diable

Qui était George Sand ? Dans ma bibliothèque, j'ai découvert "La Mare au Diable", achevé d'imprimé en août 2014. Sonia a dû l'étudier en classe de quatrième au collège de la Guyonnerie à Bures-sur-Yvette. Je me souviens d'une rencontre parent-professeur, l'année précédente, où elle m'avait demandé s'il ne pouvait pas y avoir un peu plus d'héroïnes et d'autrices dans les ouvrages étudiés. 

Inrocks de 2016 et Mare au Diable de 2014

A l'époque, elle se passionnait pour "Game of Thrones" et dévorait les bandes dessinées de la série, "Les reines de sang". 

Couverture frénégonde et aliénor

J'ai lu "La Mare au Diable" en quelques soirées. Le roman est très court. J'y ai retrouvé une vieille connaissance, le deuil. Je pourrais mal résumer l'intrique en écrivant "Deux ans après le décès de sa femme Catherine, Germain est poussé par son bon-père à se remarier avec une veuve d'un village voisin, la fille du père Léonard". 

Or quand il la rencontre, il s'aperçoit qu'il n'est pas le seul candidat. Le père lui dit :  

"Ma fille est habituée à être courtisée, surtout depuis deux ans qu'elle a fini son deuil, et ce n'est pas à elle à aller au-devant de vous. [..] Elle ne veut ni du vieux, ni du borgne, ni du jeune, j'en suis quasi certain ; mais si elle les renvoyait, on penserait qu'elle veut rester veuve, et il n'en viendrait pas d'autres." 

Le roman date de 1851. Une agression sexuelle sur la jeune Marie, bergère qui vient de trouver un employeur, est décrite par le petit Pierre. C'est juste un baiser ? Elle était consentante ? Pas besoin de "Je te crois" quand la violence de l'homme saute aux yeux. 

Extrait de la Mare au Diable

Qui était George Sand ? Je me suis posée la question grâce à un ami qui m'a suggéré de participer au concours de nouvelles [1]. Si les "safe-space" peuvent être utiles par exemple pour permettre à des personnes endeuillées d'écrire sans être jugées, en général, les choses "réservées à..." me hérissent le poil. Quand c'est du code ou des maths "pour les filles", l'intitulé sous-entend que c'est comme pour les jeux olympiques, elles ont un handicap, donc elles ne peuvent pas jouer dans la cour des grands. Finalement, c'est amusant de voir qu'on ne pousse pas les femmes à être performantes uniquement dans les matières scientifiques, mais aussi en littérature. 

Qu'est-ce que George Sand aurait pensé d'un concours réservé aux femmes ? C'est difficile de juger avec les idées de 2024 ses propos sur la politique datant de 1848 [2] : 

Il ne m'a jamais semblé possible que l'homme et la femme fussent deux êtres absolument distincts. Il y a diversité d'organisation et non pas différence. Il y a donc égalité et non point similitude. J'admets physiologiquement que le caractère a un sexe comme le corps, mais non pas l'intelligence. Je crois les femmes aptes à toutes les sciences, à tous les arts et même à toutes les fonctions comme les hommes. Mais je crois que leur caractère qui tient à leur organisation donnera toujours en elles un certain aspect particulier à leurs manifestations dans la science, dans l'art et dans la fonction. Il n'y aurait point de mal à cela. L'art, la science et la fonction pourraient gagner à devenir le domaine des deux sexes.

Je me suis procuré le recueil "Retour aux sources" des nouvelles primées l'année dernière. Je pense y avoir retrouvé cet "aspect particulier", non pas dans une écriture féminine qui pourrait être plus sensible, mais dans quelque chose de cathartique. Certains textes vont très loin dans la description d'une première expérience sexuelle, d'un viol ou d'un avortement. L'important ne semble pas de savoir quelle nouvelle est la meilleure, mais plutôt de voir que 454 femmes ont utilisé l'écriture comme thérapie, pour raconter des histoires, inspirées ou non de faits réels, sans se soucier d'être crues ou non. 

Si je devais choisir une seule nouvelle, ce serait "La fiancée du grille-pain" de Méline Bonnecarrère-Dumas. Ce texte délirant relevant clairement de la science-fiction est drôle, intelligent, tragique. Il ouvre la voie à de multiples réflexions sur le suicide qui peut aussi s'apparenter à un accident. Son auteur est âgée de moins de 20 ans, ce qui explique aussi sa modernité par rapport aux autres écrits et renforce ce questionnement sur l'acceptation ou non du fait d'être programmée à souffrir.

Quelle reine pour le trône de fer

 Je pense participer au concours, juste pour jouer, à moins que ce soit Sonia qui le fasse ? A suivre... 



  1. La Nouvelle George Sand
  2. G. Sand, Lettre aux membres du Comité central, 1848
  3. Retour aux sources,  L'harmattan, ISBN : 978-2-336-41763-9


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