Projet Galileo

Si 100 personnes lisent ce billet de blog, combien sont moins intelligentes que la moyenne ? Intuitivement, j'aurais tendance à dire zéro. Les lecteurs de ma prose sont forcément très intelligents, plus que la moyenne... Mais ce serait sans tenir compte de la définition de la moyenne : 50 lecteurs de ce billet de blog sont moins intelligents que la moyenne... 

On peut toujours chipoter... Qu'est-ce que l'intelligence ? Comment la mesurer ? Est-ce la moyenne de l'intelligence d'un échantillon (les lecteurs de ce blog, les étudiants de la 14ième université au classement de Shanghai, les complotistes, les membres de tel parti, les amateurs de chocolat, les habitants du quartier, de la ville, de la région, de la France, de l'Europe) ou de l'espèce humaine ? Cependant, il faut bien reconnaître que chacun de nous a tendance à se croire plus intelligent que son voisin, ou aime à faire partie d'un groupe de gens plus intelligents que le reste du monde. Or ce n'est pas parce que l'on sait plier une grue en origami, que l'on connait tout de Napoléon, ou que l'on maîtrise les équations de Navier Stokes, que l'on est plus ou moins intelligent que la moyenne. 

A une échelle cosmique, on n'est pas forcément plus intelligents ou plus bêtes que les éventuels habitants du coin. Si on lance des fusées depuis un demi-siècle, les voisins ont sans doute aussi laissé leurs détritus dans l'espace. C'est donc en toute modestie cosmique qu'Avi Loeb a lancé le projet Galiléo en juin dernier [1] afin de surveiller les artefacts technologiques extraterrestres qui passeraient dans le coin, comme 'Oumuamua [2] [3].  


C'est avec beaucoup d'humilité qu'Avi Loeb a présenté son projet dans cet article [4] et dans l'annonce publique.


Pour lui, un scientifique, c'est un enfant qui ne croit pas ce qu'on lui raconte, et qui veut vérifier. Hors de question d'aller chercher des données ultra-confidentielles d'on ne sait tel gouvernement ou d'analyser la dernière vidéo de Rémy Gaillard [5] ! 

Le projet Galileo a pour objectif de collecter ses propres données et de les rendre accessibles afin que tout le monde puisse les exploiter. Les analyses feront l'objet de publications scientifiques. 

Une grande partie du travail consistera à filtrer ce qui correspond à un oiseau ou à un satellite de la constellation StarLink par exemple. Le projet se veut agnostique, c'est-à-dire qu'il ne prend pas partie pour ou contre les phénomènes aériens non identifiés (PAN) ou OVNI.  C'est de l'archéologie spatiale, mais avec des télescopes achetés dans le cadre du projet, et situés sur Terre, pour des raisons de coût. 



Le projet se veut complémentaire aux projets SETI. Il ne recherche pas un signal, une communication émise par une civilisation intelligente. Aujourd'hui, les humains savent répliquer des objets avec des imprimantes 3D. L'intelligence artificielle est en plein développement. Au lieu d'avoir Jeff tout fier de s'être éloigné à 100km du sol de sa planète (soit à peine 1% de son diamètre), on pourrait, dans un avenir proche, être capables d'envoyer des sondes qui se répliqueraient dans l'espace, et continueraient à le faire, même après l'échec de la COP 36 si on survit jusque là... 

Parmi les chercheurs connus du projet Galileo, il y a Beatriz Villarroel [6], qui a lancé le projet VASCO de comparaison de catalogues stellaires à la recherche d'étoiles ayant disparu [7].

Le 11 novembre dernier, Jeff Bezos,  Avril Haines (cheffe du renseignement US), Avi Loeb, Bill Nelson (NASA) et David Wilkinson étaient réunis à la cathédrale de Washington DC pour parle de notre futur dans l'espace :


L'échange entre Avi Loeb et David Wilkinson, sur la théologie et la recherche de vie extraterrestre commence 1h18 après le début. C'est intéressant parce qu'il n'y a pas d'opposition, mais plutôt une ouverture à l'autre, à la découverte, à l'inconnu...

Le révérant David Wilkinson explique que la découverte d'une intelligence extraterrestre ne changera pas l'amour que Dieu a pour ses fidèles. Avi Loeb espère que si l'on découvre une intelligence extraterrestre, on traitera les autres habitants de la planète comme des membres égaux de l'espèce humaine. 

Avons-nous été visité ?  David Wilkinson cite Elton John dans la chanson Rocket Man, pour mettre en avant la durée du voyage. En bon anglais, il pense qu'il lui faudrait beaucoup de tasses de thé...  Avi Loeb mentionne le paradoxe de Fermi et fait une analogie : c'est comme si on attendait que quelqu'un frappe à notre porte, qu'il n'y ait personne, et que l'on en conclut que nous n'avons pas de voisins. Il raconte l'anecdote d'un pêcheur qui revient en ayant découvert une nouvelle loi : "tous les poissons de cette mer font plus de 2 pouces." Son ami lui demande alors la taille des mailles de son filet : 2 pouces... Pour lui, c'est ce que fait Fermi.  



 A la fin de la rencontre (1:48), Avi Loeb explique d'où vient le nom Galileo. La Galilée est une région au nord d'Israël. En hébreu, cela signifie "cyclindre". Si quelqu'un a lu "Rendez-vous avec Rama" d'A.C. Clarke, un cylindre a du sens dans ce contexte. Le même télescope qui a découvert 'Oumuamua, Pan-STARRS,  a observé un autre objet il y a un an, avec les mêmes caractéristiques, pas de queue cométaire et réflexion de la lumière du soleil. C'était en fait le booster d'une mission lunaire lancée en 1966 [8]. C'était un cylindre, et nous l'avons produit. La question est donc qui a produit  'Oumuamua ? 

Amen...

N'ayant pas encore lu le livre d'Avi Loeb [9], je vais faire preuve d'humilité en ne donnant pas mon avis, et en relisant l'article de Sean Raymond sur 'Oumuamua [10]. 




 

Commentaires