Europe pirate

A presque 50 ans, je viens d'adhérer à un parti politique pour la première fois de ma vie. Lequel ? Il existe depuis 2006 en France. Non, ce n'est pas le PS, non il n'a pas changé de nom comme le RPR ou le FN.

Si j'ai adhéré à ce parti, c'est grâce à l'Europe. Pour en parler, je propose de pirater la très mauvaise BD "L'Europe" de Nathalie Loiseau, tête de liste LREM aux Européennes (et non, ce parti, ce n'est pas non plus la République en Marche, qui n'existait pas en 2006).


Une femme tête de liste aux Européennes ? Il n'y a pas que LREM, ou encore la France Insoumise. Ce parti a aussi une femme à la tête de sa liste... Si, si, même une strasbourgeoise, comme Rim, la rouquine, principal personnage de la BD de Nathalie Loiseau. 


Utiliser le terrorisme pour intéresser le lecteur ou l'électeur ? Ce n'est pas le genre de ce parti dont il a été question sur France Culture en Février dernier. [1]


Utiliser Daech pour justifier le vote de lois liberticides ? C'est Nathalie Loiseau qui le fait en s'adressant à des enfants, pas le Parti Pirate !


Lors des discussions sur la directive du droit d'auteur, ce parti a été le seul à organiser une manifestation en France. [2] Julia Reda, seule eurodéputée pirate élue en 2014, a démontré le double jeu de l'AFP [3] à la fois lobby et agence de presse.

Nathalie Loiseau évacue le débat politique et les opposants aux lois liberticides en une bulle "Si on bloque les publications sur Internet trop facilement, on finit par empêcher les gens de s'exprimer". Les pirates font perdre du temps aux vrais chevaliers qui protègent les citoyens des terroristes. Si l'extrême droite avait fait une BD sur l'Europe, on retrouverait les mêmes propos.


Julia Reda a quitté la politique pour protester contre le fait que Gilles Bordelais, auteur reconnu d'harcèlement sexuel, soit N°2 sur la liste [4]. Elle ne veut pas qu'il puisse être élu et agresser d'autres femmes, ce qui ne l'empêche pas de soutenir Florie et Cédric, têtes de liste aux élections européennes en France [5].

Après avoir adhéré au Parti Pirate, j'ai été submergée par les sources d'information et les outils participatifs utilisés 24h/24. J'ai découvert Discord, Discourse, Congressus... Il y a aussi un Wiki, un site web [6].

Sur ces différents sites, j'ai lu à plusieurs reprises qu'il manquait des femmes pour pouvoir monter une liste aux européennes. J'ai mis longtemps avant de me dire "J'y vais". Pourquoi ? Tout d'abord, j'ai été victime du syndrome de l'imposteur, je ne connaissais pas ce parti, je ne connaissais pas le programme, et j'étais incapable de le défendre.

Puis, j'ai lu ce que proposait le parti pirate sur l'Espace. Et là, wahou !
Dans sa BD, Nathalie Loiseau utilise l'image de Thomas Pesquet pour "vendre" l'Europe. C'est d'autant plus scandaleux, que Thomas Pesquet a dit depuis un an qu'il voulait retourner dans l'Espace, et par conséquent qu'il ne ferait pas de politique. Il n'est donc pas sur la liste LREM, ni sur celle du Parti Pirate. [7]


Le Parti Pirate a de réelles ambitions pour l'espace [8] et je pense que c'est le seul à mettre ça en avant autrement qu'en louant le dernier astronaute français. Ce programme spatial mérite à lui seul que l'on s'y attarde, ce que je ferai sans doute dans un prochain billet. On y retrouve par exemple les voiles solaires de Breakthrough Starshot.


Je me suis donc rendue à la mairie des Ulis demander une attestation d'inscription sur les listes électorales un lundi. On m'a finalement appelée le jeudi pour me dire que je pouvais venir la récupérer. J'ai rempli la déclaration de candidature, photocopié la carte d'identité puis envoyé tout ça à Florie [9].

Une autre partie du programme à laquelle j'adhère totalement est celle liée à l'éducation et à la recherche, en particulier à la science ouverte.
Pour la première fois, le CNRS impose à tous les chercheurs d'utiliser uniquement l'archive ouverte HAL [10], dans leur rapport CRAC qu'ils doivent fournir chaque année en listant les articles publiés l'année n-1 (2018). Le dépôt dans HAL est assez exigeant (certaines données sont vérifiées) et impose de mettre au minimum le résumé et si possible le brouillon (preprint) ou l'article si l'éditeur est OK.



Tout citoyen pourra donc non seulement accéder aux publications des chercheurs, mais surtout démasquer les narcissiques qui monopolisent certains débats d'experts dans les médias sans avoir écrit d'article scientifique récemment. Si tel chercheur n'a pas de publications dans HAL, c'est soit qu'il ne dépend pas du CNRS, soit qu'il n'a rien publié en 2018.

Ce que fait le CNRS, tous les organismes de recherche en France ne le font pas, et le combat est encore plus compliqué en Europe, comme je le relatais en parlant de la photo du trou noir [11]. 

J'apprécie beaucoup les échanges autour de l'écologie, contre les fakemed, et surtout la tolérance et l'ouverture qui règne sur les divers lieux où s'expriment les pirates anciens et nouveaux. J'y ai retrouvé une féministe célèbre que j'admire beaucoup, en particulier pour son combat en banlieue et son soutien à Charlie (non, ce n'est pas Elisabeth Badinter, mais presque...)

J'apprends que Nathalie Loiseau a été proche de l'extrême droite. Plusieurs bulles m'ont choquée dans sa BD. Elle cautionne les propos homophobes d'un jeune polonais sous prétexte que "l'Europe est unie dans sa diversité".


Quant à la diversité d'une classe de collège international à Strasbourg, elle s'affiche pratiquement uniquement sur les vêtements via le drapeau. Quoi de plus nationaliste ?  Je ne parle pas du côté monochrome, un léger bronzage différencie certains enfants...


S'engager en politique avec mes gros sabots, c'est aussi combattre ce genre de propos, même si je m'y prends maladroitement. Il faut que toutes les générations soient présentes au parlement européen. Des gens comme Nathalie Loiseau ne défendront jamais une mère de banlieue ou un youtubeur.

A l'heure où j'achève ce billet, il n'est pas certain que le parti pirate présente une liste aux européennes. Parce qu'il recherche des femmes qui ne soient ni des bouche-trou se trouvant par hasard sur une liste, ni des Pénélope Fillon ou des filles ou mères de candidats, le Parti Pirate a du mal à finaliser sa liste.

Alors, amies pirates, n'attendez plus !  [9]


  1. Partis pirates : immersion dans les cyberpartis de l'Union européenne
  2. E. Piotelat, Courage, 3/2019
  3. E. Piotelat, AFP on a un problème, 3/2019
  4. Alicia Prager, L’eurodéputée Julia Reda quitte la politique pour protester contre le harcèlement sexuel, 4/2019
  5. Vidéo de soutien de Julia Reda.
  6. Site web du parti pirate en France.
  7. Claire Tervé, Thomas Pesquet nie vouloir se lancer en politique et aimerait "retourner dans l’espace" 4/2018
  8. CEEP/2019/Programme spatial
  9. Lettre d'info aux candidats pirates.
  10. Archives ouvertes HAL.
  11. E. Piotelat, Tu l'as vu le trou noir, 4/2019

Commentaires

Lionel / buzz a dit…
Merci de ton billet ! Je m'y retrouve, moi qui aussi a rejoint le parti pirate et pris la décision de m'engager pour les européennes !
Lionel / buzz a dit…
Merci pour ton billet ! Trop heureux d'être à tes côtés avec la Parti Pirate pour les Européennes !

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