Technosignature

Faut-il mettre à la poubelle l'acronyme SETI et ne parler que de recherche de signatures technologiques, comme le propose Jill Tarter [1] ?

Différents logos SETI

SETI

Il signifie "Search for Extra Terrestrial Intelligence" (Recherche d'intelligence extraterrestre). Il est utilisé depuis 1959.
Lorsque Franck Drake lance le projet Ozma, il utilise plutôt "CETI" avec un C pour communication. Il pensait qu'il suffirait de pointer un radiotélescope vers une étoile pour entendre quelque chose, un peu comme quand on allume un poste radio.
Depuis bientôt 60 ans, l'acronyme est utilisé pour dénommer des organisations (SETI Institute, SETI League), ou des projets (SETI@HOME). Le projet SETI le plus célèbre est celui que la NASA lança en 1982. Les premières écoutes eurent lieu le 12 octobre 1992, 500 ans après la découverte de l'Amérique par Christophe Colomb.
Il fut baptisé High Resolution Microwave Survey (HRMS), sigle que certains ont traduit par "He really means SETI" (ça veut dire SETI en vrai).
Comme le relate Stephen Graber, il fut annulé un an après par l'administration Clinton, non pas pour faire des économies (12 millions de $ par an, cela représentait 0,1% du budget de la NASA), mais essentiellement pour des questions politiques. [2]

Bioastronomie, astrobiologie, exobiologie...

SETI a existé à une époque où l'on ne savait même pas s'il existait d'autres planètes, autour d'autres étoiles que le Soleil. Pourquoi, ce qui s'est passé ici se serait-il passé ailleurs ? Séparer la recherche de signatures technologiques et biologiques n'était pas envisageable, puisque l'on n'a pas eu de signature du tout avant la découverte de 51 Pegasi b en novembre 1995 par Didier Mayor et Michel Queloz. [3]

Que ce soit Carl Sagan aux USA ou Jean Heidman en France, les pionniers de SETI furent les premiers à populariser des termes comme bioastronomie, astrobiologie, exobiologie.


Parmi les nombreux ouvrages de vulgarisation publiés par l'astronome français Jean Heidmann [5], j'ai retrouvé dans ma bibliothèque un petit livret publié en 1990 et intitulé "La vie dans l'univers".


Dans un chapitre intitulé "Bioastronomie" (terme utilisé par l'union astronomique internationale dès 1982, qui précise "recherche de vie extraterrestre") [4] il décrit les méthodes utilisées pour détecter indirectement des planètes autour d'autres étoiles.
Trouver une planète où un extraterrestre pourrait mettre ses pieds semble en effet un préalable à la découverte d'intelligence extraterrestre.

SETI fait partie de l'astrobiologie.

En 2015, un document de la "NASA Astrobiology Strategy 2015" [6] a déclaré que  SETI ne faisait pas partie du domaine de l'astrobiologie. Dans un article publié le 15 janvier dernier, l'astronome Jason Wright explique que cette assertion est fausse [7]. 
Que l'on cherche des signatures biologiques ou technologiques, l'objectif est le même. De plus, si l'on observe la Terre depuis une autre planète, il semble plus facile de détecter notre technologie que des éléments biologiques.

La NASA a demandé aux scientifiques de soumettre des "White Papers" pour la prochaine version du document  "NASA Astrobiology Strategy" [8]. La réponse des principales organisations SETI est intitulée : "Three Versions of the Third Law: Technosignatures and Astrobiology" [9]


Fin de la schizophrénie scientifique.

La recherche de signatures technologiques, c'est ce que font tous les scientifiques qui travaillent sur SETI comme les amateurs qui utilisent SETI@HOME.


Qu'est-ce que l'intelligence ? Pour l'instant, on ne sait la définir que parce que l'on aura une trace technologique, un signal (voir par exemple la carte heuristique de l'article "Jill Tarter a dit" [10])
Lorsque les scientifiques du SETI Institute ou de Breakthrough Listen observent Oumuamua [11], ils ne recherchent rien d'autre que des signatures technologiques sur ce premier visiteur venu d'autre système stellaire. Cette étude est complémentaire à toutes les analyses biochimiques qui ont pu être réalisées par d'autres laboratoires.

SETI, technosignature, biosignature... 

Qu'il s'agisse de signatures technologiques ou biologiques, saurons-nous les détecter ? Pour certains, réussir à faire un Rubik's Cube, résoudre une équation du second degré, c'est de la magie, au même niveau que la photosynthèse ou la chimie organique. 
L'auteur de science-fiction A.C. Clarke a déclaré que toute technologie suffisamment avancée était indiscernable de la magie. Que l'on appelle SETI, recherche de signature technologique ou biologique, la façon de détecter la vie extraterrestre, cela revient exactement au même. 



Si cela fait plaisir à la NASA, alors parlons de recherche de signature technologique au lieu de parler de SETI...  

 
  1. Search for extraterrestrial intelligence needs new name
  2. Graber, Stephen, Searching for Good science, the cancellation of NASA SETI programm
  3. Il y a 20 ans l'homme découvrait 51 Pegasi b.
  4. Report of IAU Commission 51: Bioastronomy - search for extraterrestrial life (Bioastronomie - recherche de la vie extraterrestre).
  5. Dans les archives de l'INA.
  6. Astrobiology at NASA.
  7. Jason T Wright, SETI is part of astobiology.   arXiv:1801.04868 
  8. National Academy call for White Papers.
  9. Three Versions of the Third Law: Technosignatures and Astrobiology
  10. Jill Tarter a dit.
  11. Rendez-vous avec Oumuamua

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