Joseph Sigward

Le faire-part reçu ce jour, dit :

Il a plu à Dieu de rappeler à Lui son Serviteur
Joseph SIGWARD
le mardi 9 février 2016, dans sa 91ème année, en son domicile.

Je pourrais commencer ce billet comme il a commencé son livre "Jeanne-Marguerite de Montmorency" en m'étonnant d'une inquiétante disparition. Je pourrais aussi faire honneur au "Barbare et la jeune juive" avec une bouteille de St Julien. Ces ouvrages sont terriblement d'actualité, comme le dernier dont on trouve un écho dans un Charlie Hebdo récent.





Je vais plutôt reprendre le premier texte qu'il ma envoyé lorsqu'à la fin du siècle dernier, j'éditais un fanzine "Le Bulletin de la Cabine Télescope". 



A l'époque, j'avais d'intéressantes discussions avec Claude Rifat, un biologiste, passionné par le rêve eveillé. Je ne sais plus si c'est la science fiction ou SETI qui avaient amené le sujet. Qui dit rêve, dit Freud, et je m'étais inscrite sous pseudo sur une liste de discussion traitant de psychanalyse.
C'est là, qu'un inconnu qui observait nos échanges sans intervenir m'a demandé mon adresse pour m'envoyer un livre dont il était auteur : Jeanne-Marguerite de Montmorency.


Le vertige... J'étais aussi athée qu'aujourd'hui, mais j'habitais Lyon, une ville sauvée par une louve, qui remercie une vierge tous les 8 décembre, et surtout avec une basilique tout en haut d'une colline : Fourvière. Il a plu à Dieu que je trouve un intérêt dans cette histoire avec un grand H, moi, la scientifique tournée vers le futur plutôt que vers les vieilles pierres. 

C'est alors que j'ai découvert Joseph Sigward le résistant, peut-être simplement au hasard d'une discussion style "La semaine prochaine, je rencontrerai telle princesse à Valençay, pour commémorer les SOE." J'avais dû répondre par des questions. Ah bon ? Pourquoi ? En remontant dans le passé, j'ai découvert ce qu'il avait fait à 16 ans, en 1941. Il était bavard mais souvent modeste. Je ne sais même plus s'il m'a dit qu'on lui avait remis la légion d'honneur en 1995.

L'une des phrases qu'il aimait à répéter c'était : "La différence, quel ciment !" 

Lorsque j'ai lu "Le barbare et la jeune juive", je lui ai répondu par une critique. Il m'a demandé l'autorisation d'en faire la préface de son ouvrage. Quel honneur ! Il m'a alors encouragée à lire Lacan, et puis Céline. J'ai appris à ne pas écouter les "on dit", mais à me faire ma propre opinion, à situer un auteur dans son époque avant de juger.

Je sais qu'il m'a beaucoup apporté sur le plan humain, mais que je ne suis pas la seule à avoir un gros coup de blues ce soir en me disant que ces jeux de mots laids et contrepèteries appartiennent au passé. Mes pensées vont à Françoise, à sa famille, mais aussi à tous ceux et toutes celles qui ont croisé son chemin un jour, ou à qui il a demandé ce qui n'allait pas en proposant "déverse-moi ta poubelle sur la tête !"




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