Aux Ulis, sur les traces de "Je suis Charlie"

C'est le seizième article de ce blog tagué "Charlie Hebdo" de ce blog. Donc, je n'appliquerai pas une logique du style "Je Suis Charlie" donc "Les Ulis sont Charlie". Je pourrais aussi appliquer un autre raisonnement "La Croix dit n'importe quoi sur Ulis, j'en suis le contre-exemple".


Pour ne pas laisser un regard extérieur dans l'erreur la plus totale sur la ville des Ulis, j'ai fait comme Romain Champalaune. J'ai pris des photos du marché un dimanche. Je vais les commenter en conservant le plan du texte original.

Vu de haut, ça donne ça :

Je n'ai pas pris de photo de la rambarde dont la peinture rouge commence à vieillir, ni d'enfants sortant sans doute de la messe. Que voit-on ? Une ville en construction, et un marché divers, coloré...

Pas tous Charlie

Les collégiens et lycéens n'ont pas respecté la minute de silence aux Ulis, mais ailleurs non plus. Les incidents ont été nombreux. En revanche, il y avait de nombreux jeunes le 10 janvier dernier. Je n'ai pas mis leurs photos sur mon blog, parce que je n'en n'avais pas le droit sans demander l'autorisation de leurs parents.
Lors de la venue de Najat Valaud Belkacem aux Ulis le 11 mars dernier, une lycéenne lui a demandé "que faire après le 11 janvier ?"

Les gens ont oublié très vite

Je ne comprends pas cette phrase : " Après les attentats, le responsable associatif n’a pas vu de nouvelles bonnes volontés se précipiter dans son bureau pour proposer leurs services."

Pourquoi les bonnes volontés se seraient-elles précipité à la ludothèque après le 7 janvier ? Pour faire des puzzles ?


Je fais partie de plusieurs associations et dans toutes, le 7 janvier a marqué un tournant. Nous avons passé plusieurs semaines dans un état un peu "zombie", les activités "normales" semblant futiles. Nous avions l'esprit ailleurs. Par exemple, nous avons rangé le manuel de cours de chinois pour apprendre le vocabulaire idoine ou des poèmes.


La mémoire des Ulis se trouve à la médiathèque. Si l'exposition actuelle sur les "Fab Lab" a pris la place des nombreux numéros de Charlie Hebdo exposés depuis janvier, il y a un énorme ouvrage de Cavana à l'entrée de l'espace adulte. Je m'en suis servi pour ma présentation au symposium SETI fin mars.


Le retour du train train

Heureusement, les ulissiens ont repris une activité normale. Cela ne veut pas dire qu'ils ont oublié les attentats de Paris, Tunis ou Garissa. Pourquoi attendre des Ulis que la ville reste figée dans l'état du 7 ou du 11 janvier ?

Enfin, je dois reconnaître que le vendredi 27 mars, au 6 rue Galilée à Paris, j'étais plutôt fière de présenter l'édition de Charlie du mercredi précédent à un auditoire international qui a éclaté de rire devant "Le Pen attacks".

Un sujet lourd pour les collégiens

Je connais Michèle Véchambre à la fois parce que j'ai milité avec elle au sein de RESF, et parce que lorsque je me suis retrouvée en conflit avec le principal du collège AImé Césaire, elle et son collègue François Spinner étaient les deux seuls enseignants que je connaissais, car habitants aux Ulis.

Je lui reconnais le droit de peu apprécier Charlie Hebdo. Je ne m'étonne pas qu'elle ait eu le courage d'aborder le sujet avec ses élèves alors qu'il eu été si facile de "faire le programme", mais je soupçonne certains propos d'avoir été un peu déformés.

« La façon qu’ils ont de parler des musulmans ou de faire de l’humour sur les femmes me choque », explique-t-elle.

Admettons que ces propos aient été recueillis avant le dernier numéro, contenant des dessins de l'artiste algérien Ali Dilem et où les femmes sont plus que défendues avec les nombreuses caricatures sur l'anorexie ou le texte "l'ordre ancien" de Gérard Biard sur le Sénat et les clients de prostituées.

La crainte d'un islam stigmatisé

Pour illustrer son article, "La Croix" n'a pas choisi cette photo prise ce matin sur le marché. J'adore cet étal qui montre que non, l'islam aux Ulis n'est pas stigmatisé. Il n'y a pas UN islam, mais des mamans qui portent le voile et d'autres de toutes religions voire athées qui inscrivent leurs filles aux cours de danse orientale.


Le photographe aurait aussi pu prendre cette photo pas loin du marché, et voir ce que deviendra le quartier des Amonts où les grands frères l'ont pris pour un policier en civil.


Les Ulis, ça craint

Si les Ulis "ça craint vraiment", est-ce que Mireille, du haut de ses 68 ans, habiterait ici depuis 20 ans et afficherait un carton "Je suis Charlie" "tant que le scotch tiendra" ?

Je peux comprendre le "Je n'en peux plus".

Je n'en peux plus... de l'oeuvre de l'artiste internationalement reconnu qui m'empêche de voir les étoiles depuis deux ans et a augmenté de 23% mes charges "électricité EDF". Mais j'ai été ravie d'apprendre par un courrier de la mairie, que je ne devais ça qu'au bailleur (OSICA) et que la réserve parlementaire de la députée locale n'y était pour rien.


Un sentiment d'insécurité renforcé

J'entends beaucoup plus parler de vol à Orsay qu'aux Ulis. Pourquoi est-ce que les femmes en burqa feraient peur ? Quand j'en croise une, ce qui arrive très rarement, le sentiment qui me traverse n'est pas la peur, mais plutôt un mélange d'admiration et de tristesse. Admiration, car il faut être courageuse pour attendre ses enfants en burqa à la sortie de l'école. Tristesse de voir une femme prisonnière d'un mari ou d'un dieu, bref de chaînes qui n'en sont peut-être pas, mais qui finalement ne me concernent pas vraiment.

La première des choses qui m'a frappée quand je suis arrivée aux Ulis il y a 13 ans, c'est la possibilité de s'habiller sans se soucier du regard de l'autre. Les femmes sont toutes tellement différentes qu'il n'y a pas de normes, pas de standard, contrairement à certaines villes ou villages de France. Je ne suis pas bronzée ? Ça ne m'empêche pas d'avoir des manches courtes ou un panta-court. Personne ne se moquera de la blancheur de ma peau.


Voilà ce que j'ai ramené du marché ce dimanche... Des samosas, du riz cantonais, des olives, de la rosette, du brie... Je n'y vois pas de sentiment d'insécurité.

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