Désastre

J'ai lu "soumission" de Michel Houellebecq. J'estime ne pas avoir les connaissances littéraires nécessaires pour rédiger une critique. D'autres ont dû étudier Huysmans et Nietzsche pour se permettre de juger le roman. Ce n'est pas mon cas.

Je ne peux que livrer mes impressions. J'ai adoré, au même niveau qu'une discussion qui commencerait par "et si..." Chaque personne ajouterait alors sa pièce à l'édifice, stimulée par ce jeu intellectuel.

"Soumission" est paru le 7 janvier. Depuis, l'actualité ressemble à un reflet du roman, comme une pierre que l'on jette dans l'eau vive d'un ruisseau.



Ainsi, le 22 janvier, le philosophe Alain Finkielkraut a déclaré :

" Le redoublement est interdit. Cette sollicitude, cet amour, consiste à aligner nécessairement le niveau des meilleurs sur celui des plus faibles, précisément pour ne pas les laisser au bord du chemin. Donc le niveau général, dans toutes les classes, s'effondre et c'est une situation qui nous a menés au désastre. Ce désastre n'a pas pour seule raison le nouveau public scolaire, même si c'est un problème. De ce désastre, il faut sortir aujourd'hui. [..] L'école manque aujourd'hui singulièrement de rigueur."

Page 84, je lis :

"L'école républicaine demeurerait telle que, ouverte à tous - mais avec beaucoup moins d'argent [..]. Et puis parallèlement se mettrait en place un système d'écoles musulmanes privées, qui bénéficieraient de l'équivalence des diplômes - et qui pourraient, elles, recueillir des subventions privées. Évidemment, très vite, l'école publique deviendra une école au rabais, et tous les parents un peu soucieux de l'avenir de leurs enfants les inscriront dans l'enseignement musulman."

Pour moi, Houellebecq et Finkielkraut disent exactement la même chose. Le premier utilise une image, presqu'une caricature - les écoles musulmanes sont les écoles privées, des écoles où l'on impose la rigueur.
Dans les deux écoles, on ne redouble pas. Dans le roman "seules certaines filières seront ouvertes aux femmes" (page 82) et il est souhaité qu'elles s'orientent le plus vite possible vers des écoles ménagères avant de se marier. Nous sommes toujours dans la caricature. Les filles chez Houellebecq ou Disney, c'est le "nouveau public" de Finkielkraut et les jeunes en échec scolaire.



On les retrouve dans tous les collèges publics, avec des moyennes de 6/20 en 5ème. On les fait passer en 4ème, parce qu'il n'existe aucune école ménagère vers laquelle s'orienter avant la classe de seconde. Bien sûr les collèges privés sélectionnent à l'entrée ou n'hésite pas à résoudre le problème des enfants en échecs scolaire en les renvoyant. Comme ils décrochent, ils viennent en spectateurs au collège, puis perturbateurs pour éviter que leurs camarades ou le cours n'avance trop vite. Les professeurs passent un temps infini à rétablir un semblant d'atmosphère studieuse au lieu de parler de Montesquieu ou de Thalès.

J'ai été ravie d'entendre une professeure dire qu'en Zep on adaptait le programme. Elle appelle ça de la pédagogie. Or en Zep, le problème vient surtout du fait que les classes sont hétérogènes. Si 50% des élèves ne maîtrisent pas les subtilités de la langue française, le reste de la classe aimerait découvrir la philosophie. Même dans le nouveau public, il y a de très bons élèves. A aucun moment la ministre n'a fait autre chose que de sourire benoîtement. Si elle accepte donc que le programme scolaire ne soit pas le même dans tous les collèges de la république, si elle prône le renforcement du respect de la carte scolaire, quelle solution auront les parents qui voudront que leurs enfants entendent parler de Voltaire ou Diderot en 4ème ? Inscrire leur enfant dans le privé !

Commentaires

Lily a dit…
L'école à deux vitesses, c'est déjà là depuis un bout de temps, mais en parler c'est déjà mettre le doigt sur le problème. Merci pour ce commentaire sur ce roman publicisé au point d'être noyé !

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