Le principal, ce héros

Ce dylemne est commun à tous les parents de ZEP, qu'il s'agisse des Ulis ou de Marseille. On ne dit plus "zone d'éducation prioritaire", mais tout le monde (ou presque) comprend ce qu'il y a derrière ce terme :
"Pour le College, je ne sais pas. Celui du quartier a mauvaise réputation. Je pourrais demander une dérogation, mais je ne suis pas certaine de l'obtenir, et puis, on dit que dans la ville d'à coté, qu'ils sont racistes envers les enfants qui viennent d'ici. Il reste le privé, mais c'est cher."

Il n'y a pas de solution. On peut arriver à Polytechnique en passant par le collège du quartier. On peut se retrouver sans lycée en passant par le collège voisin. Le collège privé peut exclure un enfant ou lui interdire d'aller en seconde générale pour le garder en lycée pro (privé lui aussi).


La première des choses est à mon avis de ne pas se culpabiliser.
La seconde est de se détendre en lisant ParentsProfs le mag [1].
La troisième est de lire l'ouvrage de Bernard Ravet "Principal de collège ou imam de la république".


Bernard Ravet, Superman.

Si j'ai acheté le livre de Bernard Ravet, c'est après en avoir lu des extraits dans la presse, après l'avoir entendu sur des plateaux TV, et surtout grâce à la double page qui lui est consacrée dans Charlie Hebdo. J'avais pas envie de comprendre comment un djihadiste pouvait se retrouver surveillant dans un collège, et pourquoi l'éducation nationale ne faisait rien une fois que l'information est connue.


Ceci n'est qu'une anecdote, sans réelle importance par rapport à tout ce que révèle Bernard Ravet sur Marseille, et sur le fonctionnement des collèges. 

Ce livre à été co-écrit par Emmanuel Davidenkoff, journaliste, essayiste qui a sans doute romancé certains aspects. J'ai croisé trois principaux de collèges, deux avec lesquels la situation fut conflictuelle [2] [3], un pour lequel je conserve une grande estime. A côté d'eux, Bernard Ravet a des pouvoirs surnaturels. J'avoue avoir frôlé l'overdose d'héroïsme à certains moments... 

Pour les parents, ce livre constitue une bible de ce que peut faire un principal. Par exemple, Benard Ravet a résolu le problème de la saleté des toilettes... Si, si... C'est possible et sans enfermer d'élèves dedans ! Il s'est posé une question bête : pourquoi les toilettes du centre commercial du quartier sont-elles propres alors qu'elles sont fréquentées par les mêmes élèves ? Simplement parce qu'il y a une dame pipi. Il décrit ensuite comment et à qui il a demandé les sous pour pouvoir reçruter cette personne, comment il a fait appel aux parents pour véhiculer l'annonce. Suite à cela, non seulement les toilettes étaient propres, mais en plus, les collégiennes avaient une confidente, à qui l'une d'elles a avoué être enceinte. Superman s'est même débrouillé pour qu'elle soit ensuite affectée au lycée voisin afin qu'elle ne soit pas trop éloignée de son enfant.

Reconstituer le puzzle


Quand on a des enfants en CM2, on ne voit du collège que les contours. On doit reconstituer un puzzle dont nous n'avons pas toutes les pièces, comme par exemple celui du collège Versailles, dont parle beaucoup Bernard Ravet.



Pour le chef d'établissement scolaire, le problème est l'inverse, à savoir comprendre quelles son les règles du quartier. 


Ce n'est qu'après avoir dû rencontrer les RG suite au problème avec Abdel, le surveillant qu'il a compris. Abdel fréquente une mosquée relevant du mouvement Tabligh, piétiste, issus du Pakistan, qui est l'équivalent des frères musulmans. Leur but est d'islamiser via l'aide aux devoirs. Comme par hasard, l'association El Nour créée par la mosquée a proposé d'intervenir au collège Versailles. Il apprend qu'une autre association d'aide aux devoirs, comorienne, est liée à une mosquée salafiste.

Humanitaire ou éducation ?


Si j'avais lu le rapport Obin publié en 2004 [4], jamais je n'aurais laissé ma fille aller au collège Aimé Césaire. Ce que j'ai ressenti, mes doutes, sont écrits noir sur blanc. À partir du moment où un principal fait de la pub dans les écoles en dissimulant les conflits, c'est qu'il ne les traite pas, et qu'il cache la situation catastrophique afin d'attirer des élèves dans son collège. 


Quand sur une heure de cours, l'enseignant en passe 15 à essayer de se faire respecter, forcément les élèves n'auront eu que 45 minutes de mathématiques quand ceux des collèges des beaux quartiers en auront eu 60. Un quart du temps, c'est presque une journée par semaine, deux mois par année scolaire, une année entière à faire régner l'ordre sur les 4 années du collège. 

Bernard Ravet oublie l'idée de "boucler le programme" et se décrit comme directeur d'ONG. Il a essayé de mettre en place des classes européennes pour attirer les bons élèves et faire de sorte qu'ils soient regroupés dès la sixième en faisant de l'anglais et de l'espagnol sans que l'inspection académique le sache. Dans la conclusion de son ouvrage, il parle des parents militants qui laissent l'enfant dans le public pour combattre la ghettoïsation, en disant que ça ne sert à rien, vu le petit nombre. Le refus des dérogations fait le bonheur du privé.

On est déjà dans Soumission de Houellebecq [5], avec un enseignement public laïque tellement dégradé, que le privé et le religieux finissent par l'emporter.

Avant de sombrer dans un état dépressif, il faut se replonger dans "Parentsprofs" [1]. Pas besoin de formation en pédagogie pour monter une école Montessirop. Le marketing suffit !


"L'école républicaine demeurerait telle que, ouverte à tous - mais avec beaucoup moins d'argent [..]. Et puis parallèlement se mettrait en place un système d'écoles musulmanes privées, qui bénéficieraient de l'équivalence des diplômes - et qui pourraient, elles, recueillir des subventions privées. Évidemment, très vite, l'école publique deviendra une école au rabais, et tous les parents un peu soucieux de l'avenir de leurs enfants les inscriront dans l'enseignement musulman."  Michel Houellebecq, Soumission, page 84.
  1. ParentsProfs le Mag
  2. Histoire d'un mec (20 juin 2016)
  3. Lettre au principal (25 mars 2013)
  4. Les signes et manifestations d’appartenance religieuse dans les établissements scolaires, rapport présenté par Jean-Pierre Obin, juin 2004 
  5. Désastre (24 janvier 2015)


Commentaires

Emmanuelle a dit…
Hébeh... me voilà le moral plombé pour la prochaine rentrée... mais où faut-il donc les mettre, du coup ? (gloups)
Elisabeth a dit…
Un de mes regrets a été de ne pas m'être rendue à la sortie du collège incognito. L'un est entouré de boutiques qui vendent entre autres des bonbons, ce qui provoque racket et échanges en tout genre. Dans l'autre, les voitures des parents occupent tout le trottoir.
Les proviseurs bougent beaucoup. Un collège "très calme" une année peut devenir invivable suite à un changement de direction...
Bref, il n'y a pas de solution magique. Peut-être que le plus important ait que l'enfant ait envie d'aller dans tel établissement.

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