Passe ton CAG d'abord !

Charlie Hebdo a lancé un prix littéraire. J'ai lu les 10 textes finalistes. Je les ai tous adoré, ils en disent bien plus long sur une certaine jeunesse, cultivée, intelligente, drôle. Les enfants de Rabelais, Voltaire ou Cabu étaient 1349, âgés de 12 à 22 ans. 


J'ai trouvé pas mal de  textes pessimistes, un peu dans le genre des Idées noires de Franquin, où l'humour permet d'accepter un avenir incertain. En voici un exemple, reproduit avec l'aimable autorisation de l'auteur.  A cette jeunesse qui s'exprime en faisant des phrases, en maniant la langue de Molière, s'oppose les autres, les trolls, ceux qui font des blagues de potache sur Périscope en menaçant de taper le prof. On les identifie tout de suite en voyant l'orthographe, le niveau de grammaire. Charlie leur a donné la parole dans le numéro du 15 juin, en reproduisant en version originale, insultes et menaces reçues sur les réseaux sociaux. 

Ma fille n'a pu s'empêcher de prendre un crayon rouge.

Et si on remplaçait le bac par un certificat d'aptitude à galérer.

Eli. Texte proposé au Prix Charlie Hebdo.


Après ne pas être sorti pendant deux mois à cause des révisions, tu es aussi pâle qu'Edouard Pattinson dans Twilight mais par contre, les filles ne te courent pas après. En fait, non, c'est plutôt toi qui a couru après ton diplôme. Tu penses que tu vas enfin pouvoir gagner ta vie en faisant un taf au Mac do près de chez toi : mais tu te rends vite compte qu'il fallait écouter ta mère et faire des études. 



Donc tu te rends dans un amphithéâtre  surpeuplé et là, tu compatis avec les sardines en boîte, sauf qu'elles, elles sont déjà mortes ; mais toi tu es mort d'ennui et tu fais le décompte des secondes avant le week-end ; sauf que le week-end, comme tu bosses au Mac Do, avec un superbe parfum de friture, tu veux retourner dans ton amphi surpeuplé. 


Après trois ou quatre ans dans cet enfer, tu te présentes chez plusieurs entreprises en disant que tu es super motivé à lécher les bottes du boss de l'entreprise. Tu effectues des stages avec des patrons dictateurs à mi-temps et la tu te dis que la vie est une pute. 


Mais tu as réuni assez d'argent pour avoir ton studio deux pièces que même les poissons rouges de ta mémé Germaine ont plus d'espace pour vivre que toi dans ton studio, en colocation avec un autre mec aussi exploité que toi. 



Et pendant les dîners de famille, ton petit cousin te dit que plus tard il sera exploraventurier comme Indiana Jones à la recherche d'un trésor. Tu hésites entre le tuer et lui dire que tu es exploraventurier des fiches de pôle emploi à la recherche d'un travail où tu gagnes plus que le SMIC. Mais tu finis par lui dire qu'il a beaucoup d'imagination. 


Mais ta petite cousine de 8 ans te dit qu'elle veut être une princesse pour avoir une robe magnifique et se faire sauver d'un tyran qui a un dragon qui crache du feu par un preux chevalier. Tu te dis, si tu es une fille que c'est un peu ce que tu fais au Mac Do. Tu portes un beau tablier et tu es emprisonnée par ton boss qui est aussi tyran devant une friteuse qui crache de l'huile mais pour ne pas briser ses rêves d'enfant, tu lui dis qu'elle sera un jour la princesse d'un beau garçon et après avoir décrit ta galère à ta tante Jacqueline qui n'en a rien à faire de toute façon.
Tu retournes chez le dictateur qui te sert de boss.








Commentaires

Emmanuelle a dit…
Hamais on félicite l'auteur(e) !

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