Tanella et Emilie

Ces dernières semaines, j'ai retrouvé Tanella Boni en empruntant à la médiathèque son essai "Que vivent les femmes d'Afrique ?" et j'ai découvert l'immense talent d'Emilie Dequenne dans "A perdre la raison".

Quel rapport entre le livre et le film ?



Aucun... Enfin, si... Dans les deux cas, il est questions de femmes intelligentes qui se retrouvent au foyer, enfermés par des mecs dans des rôles d'un autre siècle. Les deux m'ont profondément touchée. Je n'aime pas la voix bêlante de Julien Clerc, mais quand on voit Emilie Dequenne fondre en larmes en écoutant "Femmes je vous aime" dans sa voiture, le regard est tout autre !
Dans les deux cas, il est question de femmes victimes et l'on cherche à comprendre comment elles en sont arrivées là, qu'il s'agisse d'excision pratiquée par des femmes sur des fillettes ou d'un infanticide. J'avais déjà lu plusieurs essais et romans pour enfant de Tanella Boni. J'avais même utilisé un de ses textes dans une conférence sur SETI


Cet essai a tout d'abord le mérite d'être instructif... J'ai appris par exemple que les pagnes avaient des significations et pouvaient être un moyen de revendication pour certaines femmes : oeil de ma rivale, mari capable, etc, etc... Tout un chapitre est consacré aux horreurs en tout genre : des violences et des maux. En vrac, il y est question d'esclavage, de prostitution, de mutilations sexuelles, etc... Je n'avais jamais entendu parler de repassage des seins (p89) :
La technique se résume à écraser les seins des toutes jeunes filles avec des pierres chaudes afin de les soustraire au regard des hommes.
Charmant, non ? Une étude réalisée au Cameroun en 2006 montrait que 24% des femmes en avaient été victimes. Il est aussi question du sort réservé à Paris à la Vénus Hottentote et du passage d'un racisme scientifique à un racisme populaire.

Une femme qui fait des études, oppose une résistance à une injonction paternelle ou maritale est de toute façon soit folle, soit sorcière. Si elle réussit à gravir les échelons universitaires, la rumeur dira  qu'elle a couché (p50).
On voit comment, dans les universités africaines francophones, le titre de "Professeur" est réservé en priorité aux hommes, pendant que les femmes, à grade égal, sont appelées "Madame", ou même "Monsieur" (lapsus révélateur) parce que cela paraît conforme aux usages.
Qu'il s'agisse de l'essai de Tanella Boni ou de film "A perdre la raison", on voit que la route est encore longue vers l'égalité ! Les mentalités ne changent pas du jour au lendemain, ni d'une décennie à l'autre. Aux larmes citoyennes, la femme est souveraine ! Rêvons le monde ! Menons la fronde !

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