Quel costume ?

Je n'ai jamais aimer citer des auteurs, grands ou petits... Utiliser les mots des autres, ça n'a jamais été mon truc. Je crois que j'avais l'impression que c'était trop "facile" de se réfugier derrière Galilée ou Nietzsche pour exprimer une idée. Apprendre des citations par coeur ou en mettre en bas des mails que j'envoie, bof...

Il y a à cela une exception, UN auteur qui a un jour écrit quelque chose que je n'ai jamais eu besoin d'apprendre par coeur. Il s'agit d'Emmanuel Jouanne. Dans son roman "ici bas", il a écrit :

On ne vit que costumé, masqué, muni d'un texte écrit d'avance. Le tout est de s'en apercevoir, de l'accepter et d'en user. S'enfermer dans un corps plus grand que le sien et laisser le regard des autres s'épuiser contre cette enveloppe plus grande que nature.


J'ai lu ce roman au sortir de l'adolescence, au début des années 90, et j'ai encore utilisé ces phrases il y a quelques semaines à l'occasion de discussions sur les municipales, qui justement étaient une sorte de mascarade, d'une certaine violence, certes, mais où chacun ne fait que jouer un rôle et dire ce que l'on attend qu'il dise.

Ce que je ne savais pas, c'est qu'Emmanuel Jouanne n'était plus de ce monde depuis le 6 février. Qui était-il ? Je ne l'ai jamais rencontré. Yvonne Maillard m'avait beaucoup parlé de ce sans domicile fixe hors du commun. C'est elle qui m'avait mis ses romans entre les mains. Je les avais critiqués pour le fanzine PdE, j'avais adoré ! Quelle idée géniale d'appeler un personnage "Eau" ! Il y avait chez Jouanne un humour, un côté décalé, associé à une profondeur de pensée.



J'ai appris sa disparition via la liste sf-info. Joseph Altairac reproduisait les propos d'Yves Frémion :
Il a vécu ses dernières années dans des difficultés sans nom,
financières, matérielles, personnelles.
Son exigence, son intransigeance, sa difficulté à conserver des
relations avec les autres, son éloignement
rural, tout cela a contribué à son isolement complet et à aggraver sa
situation. Les services de santé dont il avait besoin trouvaient
qu'il habitait trop loin pour se déplacer et sans doute serait-il
encore des nôtres s'ils avaient fait leur boulot.

Dur dur...


J'ai passé la semaine à enfiler des costumes, à jouer des rôles. Pour jouer ? Malheureusement non.

Jeudi, à midi, Soulé présentait son film "Parole de migrants de Mauritanie" sur la fac d'Orsay. Il y avait du monde dans l'amphi, c'était chouette. Il y avait les membres de RESF (Réseau Education Sans Frontière) et de RUSF (Réseau Université Sans Frontière). Les débats ont porté sur les jeunes majeurs, des pétitions ont circulé.

Jeudi, à 17h, en récupérant ma fille à l'école, j'ai appris qu'une fermeture de classe était prévue pour la rentrée !

A jeudi, j'aurais aussi pu aller manifester au siège du CNRS, mais je ne pouvais être à Paris le matin et à Orsay à midi.

Vendredi, à midi, nous étions 4 à distribuer des tracts pour la manif de lundi, au resto universitaire d'Orsay. Les étudiants sont sympa ! Une bonne centaine a signé les 4 pétitions qu'on leur présentait. Nous avons rencontré une jeune fille qui a été régularisée récemment. Ca fait plaisir !

Vendredi, à 17h, réunion improvisée à l'école. On rencontre l'inspecteur lundi !

Bon, vendredi, j'aurais pu enfiler un autre costume, une espèce de tailleur pour aller au siège de l'IAA, l'académie astronautique internationale à Paris pour préparer la conférence SETI de Septembre à l'Unesco... Mais là, non, j'étais trop fatiguée, et puis certaines choses peuvent paraître accessoires devant l'urgence du moment.


Lundi, il y a une manifestation aux Ulis pour soutenir une jeune lycéenne. En attendant, la pétition vient d'être mise sur le site de RESF.


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